Optiques Ai/Ai-S et F100

Lorsque j’ai fait l’acquisition d’un F100, une question m’a rapidement taraudé, et c’est assez technique. Ça concerne les optiques Ai/Ai-S.

Une telle optique transmet au boîtier l’ouverture sélectionnée par l’intermédiaire d’une butée accolée à la bague de diaphragme. D’après ce que j’ai pu observer :
- cette butée est située entre f/11 et f/16 pour les objectifs ouvrant à f/2.8
- cette butée est située entre f/8 et f/11 pour les objectifs ouvrant à f/2
- cette butée est située entre f/5.6 et f/8 pour les objectifs ouvrant à f/1.2 (et je suppose f/1.4 aussi)
Ce n’est pas sans conséquence !

Sur mon D700, j’avais observé que ça changeait potentiellement la mesure d’expo, et le temps d’expo se trouvait doublé ou divisé par deux en mode A lorsqu’on paramétrait mal son objo dans le menu des objectifs sans CPU. Sur D700, ce décalage de la butée n’est donc pas un problème car il est pris en charge. Cependant, sur un F100, il n’est pas possible de configurer les moindres paramètres focale/ouverture, et du coup je me retrouve avec un décalage d’expo d’au moins un diaph entre un macro 55/2.8 Ai-S et un 50/1.2 Ai-S fermé à f/2.8 sur une même scène…

J’avais pensé à décaler l’expo systématiquement avec certains objos, mais ce n’est pas très pratique !

Je précise, et c’est encore plus technique, que les décalages d’exposition relevés entre un 50mm f/1.2 et un macro 55mm f/2.8 sont dus à l’incapacité de la cellule à récupérer le flux lumineux complet pour le 50. C’est le traditionnel souci qu’on remarque avec l’aperçu de profondeur de champ : aucun changement jusqu’à environ f/2, mais ça dépend essentiellement des objectifs et de la façon dont ils sont formulés optiquement. Du coup, la comparaison entre un objectif ouvert à f/2 par exemple et autre ouvert à f/2.8 n’aboutit à presque aucune différence. Les deux sont bien pris en charge sans décalage flagrant d’exposition, autant sur D700 que sur F100, et même avec un D700 non paramétré dans le menu des objos sans puce. Il n’y a que les très lumineux (f/1.4, f/1.2) qui nécessitent un biais dans l’exposition car la cellule travaille uniquement avec une partie seulement du flux lumineux. Le D700 le sait car on a paramétré l’ouverture maximale, mais pas le F100 !

J’ai donc mené une petite expérience sous forme de tests comparatifs avec diverses optiques montées dans les mêmes conditions sur un D700 fixé à 200 ISO puis sur un F100 fixé lui aussi à 200 ISO. Je n’ai pas pris la moindre photo, j’ai juste regardé les temps d’exposition proposés en mode A à mi-course du déclencheur d’abord à pleine ouverture, puis à f/16, pare-soleil en place, mise au point à l’infini. Lors de cette prise de vue, le ciel était ensoleillé avec toutefois quelques petits altocumulus assez hauts (6 à 8 km) qui ont pu causer quelques erreurs de mesure. On obtient ceci :

Objectifs à puce :
- Sigma 50-500 @ 50 mm f/4.5 : 1/2000 1/1600 +1/3
- Sigma 50-500 @ 50 mm f/16 : 1/200 1/160 +1/3
- Sigma 50-500 @ 500 mm f/6.3 : 1/640 1/500 +1/3
- Sigma 50-500 @ 500 mm f/16 : 1/80 1/100 -1/3
- Sigma 12-24 @ 12 mm f/4.5 : 1/2500 1/1600 +2/3
- Sigma 12-24 @ 12 mm f/16 : 1/250 1/125 +1
- Sigma 12-24 @ 24 mm f/5.6 : 1/1250 1/800 +2/3
- Sigma 12-24 @ 24 mm f/16 : 1/200 1/125 +2/3
- Sigma 150 macro @ f/2.8 : 1/10000 1/6400 +2/3
- Sigma 150 macro @ f/16 : 1/400 1/250 +2/3
- Nikkor 50/1.4G @ f/1.4 : 1/50000 1/20000 +1&1/3
- Nikkor 50/1.4G @ f/16 : 1/500 1/200 +1&1/3
- Nikkor 85/1.4G @ f/1.4 : 1/40000 1/16000 +1&1/3
- Nikkor 85/1.4G @ f/16 : 1/400 1/200 +1
- Nikkor 28/1.4D @ f/1.4 : 1/32000 1/20000 +2/3
- Nikkor 28/1.4D @ f/16 : 1/320 1/200 +2/3

Objectifs sans puce :
- PC-Nikkor 28/3.5 @ f/3.5 : 1/8000 1/16000 -1
- PC-Nikkor 28/3.5 @ f/16 : 1/400 1/1000 -1&1/3
- Nikkor 55/2.8 macro @ f/2.8 : 1/20000 1/25000 -1/3
- Nikkor 55/2.8 macro @ f/16 : 1/800 1/800 =
- Nikkor 300/2.8 @ f/2.8 : 1/12500 1/20000 -2/3
- Nikkor 300/2.8 @ f/16 : 1/400 1/640 -1/3
- Nikkor 135/2 @ f/2 : 1/25000 1/40000 -2/3
- Nikkor 135/2 @ f/16 : 1/500 1/640 -1/3
- Nikkor 200/2 @ f/2 : 1/25000 1/32000 -1/3
- Nikkor 200/2 @ f/16 : 1/400 1/500 -1/3
- Nikkor 50/1.2 @ f/1.2 : 1/80000 1/64000 +1/3
- Nikkor 50/1.2 @ f/16 : 1/640 1/400 +1/3
(Je n’ai pas essayé le Noct (la flemme), mais j’ai toujours obtenu par le passé des expositions identiques sinon très proches entre le 50mm et le 58mm.)

Apparaissent ici en rouge les temps proposés par le D700, en vert ceux proposés par le F100, et en bleu l’écart entre le F100 et le D700 (et pas l’inverse).

J’ai classé exprès les objectifs sans puce par ordre croissant d’ouverture pour constater un éventuel phénomène de dérive. Notez que certains temps d’obturation sont irréalisables en raison de la limite de mes deux boîtiers (1/8000 s). Ce sont des temps équivalents calculés en fonction du nombre de diaphragmes de surexposition au-dessus de cette limite.

Avec ce test, je ne suppose nullement que les ISO numériques équivalent aux ISO argentiques, je compare juste les écarts entre-eux. Par ailleurs, tant qu’on y est, je constate un écart variant entre 1/3 et 1&1/3 de diaphragme pour les objectifs à puce, sans rapport vraiment évident avec l’ouverture maximale des objectifs incriminés. On peut donc supposer pour l’instant que les ISO argentiques équivalent à une sensibilité moindre que les ISO numériques. Je m’y attendais un peu car j’ai déjà lu ça quelque part.

Partant de ce constat, pour les objectifs sans puce qui, je le rappelle, ne sont renseignés que sur le D700, on constate que :
- Les optiques à ouverture modeste sous-exposent de beaucoup. On a au moins un diaphragme en moins, donc environ deux diaphragmes d’écart considérant en plus l’écart naturel entre le numérique et l’argentique repéré juste avant. Ceci est à prendre avec des pincettes puisque je ne dispose que d’une optique à f/3.5 ou moins. Je manque donc de recul.
- Les optiques à ouverture « standard » (f/2.8 à f/2) sous-exposent beaucoup plus raisonnablement. On a à peine un tiers de diaphragme en moins, donc à peine plus d’un diaphragme de sous-exposition en considérant l’écart naturel numérique/argentique.
- Les optiques à très grande ouverture (f/1.2 dans mon cas) exposent presque correctement considérant l’écart naturel numérique/argentique.

Mes comparaisons ci-dessus partent du principe que le D700 expose juste quoi qu’il arrive. Même si ce n’est pas vrai, ce n’est pas loin de l’être : la cellule est plus moderne et du coup moins vieille (ce sont deux choses distinctes), puis l’analyse de ce que renvoie la cellule est différente, et à priori plus juste car le firmware peut contenir des ajustements à mener suivant l’optique montée (alors qu’à l’époque du F100, les objectifs G n’existaient pas, donc à priori les f/1.4G sont mal considérés autant que les sans puce par le F100).

En conclusion, on peut observer deux choses. D’une part, il y a bel et bien une erreur d’exposition de la part du F100 variable en fonction de l’ouverture maximale de l’objectif utilisé. D’autre part, ce ne sont pas les objectifs à grande ouverture qui peuvent causer des surexpositions comme je l’ai supposé initialement, mais bien les objectifs à ouverture modeste qui risquent de causer des sous-expositions ! Mon étonnement est maximal.

S’il est difficile de statuer complétement concernant l’écart permanent de sensibilité entre le numérique et l’argentique, on peut par contre considérer comme admis la différence réelle d’exposition entre un objectif à grande ouverture et un autre à ouverture modeste. C’est un fait, et je viens de le démontrer.

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